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La miniature :


le vagabond newLe terme de «miniature» est dérivé de «minium», substance rouge vif employée par les enlumineurs de manuscrits. Il désigne, depuis la fin du XVIe siècle, les ornements et illustrations des manuscrits (lettrines ou scènes de petites dimensions, appelées au Moyen Âge enluminures). À la suite d'une fausse étymologie tirée de minus, on utilisera ce mot pour qualifier des tableautins (généralement des portraits) ou des compositions de format réduit sur ivoire, porcelaine ou tout autre support, destinés à décorer boîtes et objets divers; ce type de peinture se répandra surtout aux XVIIe et XVIIIe siècles.

La miniature dans le manuscrit

Les premières miniatures sont d'origine égyptienne. La plus ancienne qui nous soit parvenue représente la célébration de l'accession au trône de Sésostris Ier, vers 1970 av. J.-C. (British Museum). Il ne s'agit alors que de croquis sommaires occupant la marge inférieure du rouleau de papyrus. En effet, on peut remarquer que l'art de l'Égypte ancienne s'adapte parfaitement à cette forme d'expression: ses principales caractéristiques (polychromie, cerne noir délimitant les figures, exclusion de la troisième dimension, usage de l'or pour la décoration des bijoux) expliquent que les Égyptiens aient découvert tout naturellement l'art de la miniature. Celui-ci ne sera par la suite transformé et enrichi, tant en Occident qu'en Orient, que par la recherche d'harmonies plus profondes ou plus vives et par l'introduction de la stylisation ornementale. À leur tour, Grecs et Romains suivent l'exemple égyptien. La substitution du codex (recueil de plusieurs feuillets cousus) au rouleau provoque une évolution nouvelle de la miniature: alors que le rouleau favorisait la constitution de séries d'images à dominante horizontale, le codex (fin du Ier siècle) tend à faire prédominer les compositions verticales. Parmi les plus anciens manuscrits latins enluminés figure le Virgile conservé à la bibliothèque Vaticane (IVe siècle après J.-C.), dont les illustrations ne sont pas sans évoquer la peinture murale antique.

De la fin de l'Empire romain au Moyen Âge

Moyen Âge : leçon de minéralogie

À l'époque justinienne, la miniature connaît un développement considérable. La place qu'elle occupe par rapport au texte devient de plus en plus importante: c'est le cas, par exemple, de la Genèse de la Bibliothèque nationale de Vienne (VIe siècle), qui réserve la moitié inférieure des pages à l'illustration; dans le Rouleau de Josué (daté du Xe siècle, mais il s'agit d'une copie d'un original du Ve ou VIe siècle), le texte est réduit à deux lignes, placées au-dessous des motifs. L'Évangéliaire de Rossano (VIe siècle), enfin, présente d'importantes innovations: groupées à part, les illustrations occupent une pleine page; le parchemin est teint en pourpre et les fonds d'or apparaissent pour la première fois.

La miniature byzantine

La miniature byzantine continue de se développer avec éclat jusqu'au XIIe siècle; partagée en un double courant, elle connaît une forme monastique populaire et illustrative (Psautier Khloudov, IXe siècle, monastère Saint-Nicolas de Moscou), mais revêt un aspect aristocratique quand elle s'inscrit dans la tradition hellénistique (Homélies de saint Grégoire de Nazianze, IXe siècle, Bibliothèque nationale, Paris).

La miniature irlandaise

Aux VIIe et VIIIe siècles, la miniature irlandaise, art savant et ecclésiastique, est caractérisée par son répertoire abstrait et géométrique, et ses attaches avec l'art chrétien oriental (Livre de Kells). La production de l'époque carolingienne, abondante et variée, est, elle aussi, essentiellement religieuse. De diverses influences (antique, byzantine, irlandaise) naissent des créations originales, principalement autour de l'atelier du scribe rhénan Godescalc, des écoles de Reims, Saint-Denis, Tours, Metz et Saint-Gall (Suisse).

La miniature romane

Mais c'est surtout l'Angleterre, la Germanie et l'Espagne (style mozarabe) qui ouvrent la voie, au Xe siècle, à la miniature romane. Celle-ci se répandra bientôt à travers l'Europe, principalement en Italie (avec les rouleaux d'exultet du mont Cassin) et en France. L'initiale prend alors une importance considérable et son ornementation fait naître une incroyable profusion d'images, où la fantaisie exubérante des artistes se donne libre cours.

La laïcisation du travail et de la demande

Au XIIIe siècle survient un changement capital: les ateliers monastiques (scriptoria) cèdent la place aux ateliers civils, et la clientèle ecclésiastique à la clientèle laïque, ce qui explique l'importance croissante des œuvres et thèmes profanes. Sous le règne de Saint Louis, Paris devient le premier centre européen de la miniature, qui s'apparente alors nettement à l'art du vitrail et au style rayonnant gothique. Les deux derniers siècles du Moyen Âge confirment la renommée des ateliers français qui bénéficient du mécénat des princes et rois de France. À la cour des ducs de Bourgogne, dont la bibliothèque passe pour la plus importante du monde, écoles française et flamande fusionnent. L'anonymat disparaît: on peut citer Jean Pucelle au XIVe siècle (Bréviaire de Belleville), les frères de Limbourg ( les Très Riches Heures du duc de Berry), et aussi Jean Fouquet au XVe siècle, parmi les plus célèbres. La miniature, par ses nouvelles orientations, tend à se rapprocher de la peinture de chevalet: disparition des fonds d'or (remplacés par des fonds de couleur), introduction des paysages et des portraits, recherche de la profondeur. Mais l'invention de l'imprimerie provoquera la suppression progressive de cet art précieux et raffiné. Dans le monde non chrétien, la miniature islamique se répand en Turquie, en Perse (du XIIIe au XVIe siècle) et en Inde, où elle fleurit avec un incomparable éclat sous la dynastie des Grands Moghols (du XVIe au début du XIXe siècle).

De petites peintures autonomes

En Europe, à partir du XVIe siècle, le terme de «miniature» s'applique à des œuvres peintes de petit format qui rappellent, par la minutie et la finesse des détails, l'art des manuscrits. Ce sont le plus souvent des portraits portatifs (sur parchemin, bois ou métal) dont l'exécution est d'un grand raffinement: des artistes de renom s'illustrent dans ce domaine, comme les Français Jean et François Clouet ou les Allemands Dürer et Holbein le Jeune (qui fit d'ailleurs découvrir cette technique à l'Angleterre).

À partir du XVIIIe siècle, l'utilisation de l'ivoire comme nouveau support de la miniature provoque une floraison de petits chefs-d'œuvre d'élégance et de précision. L'une des premières à appliquer ce procédé fut la pastelliste italienne Rosalba Carriera. Mais nombre d'artistes français révélèrent leurs talents de miniaturistes: les plus connus d'entre eux sont François Dumont, Pierre Antoine Baudouin, Claude Hoin, Jean-Baptiste Isabey.

Quant à la peinture sur émail, utilisée notamment pour décorer les boîtiers de montres, elle s'épanouit au XVIIe siècle, grâce aux émaillistes de Blois et au Genevois Jean Petitot (après 1650). Mais au XVIIIe siècle, cet art ne sera plus pratiqué qu'en Suisse, pays de l'horlogerie. Ce procédé ne doit d'ailleurs pas être confondu avec la miniature dite en émail; cette technique, qui consiste à superposer des couches d'émail pour donner du relief, se développe surtout à Limoges au XVIsiècle.

Source : Hachette

La miniature orientale (turque, perse et indienne)

Cette miniature mérite plus que plus trois lignes, car cette art fut à l'origine du développement intellectuel de l'époque. La miniature persane se développe avec le développement des sciences, avec les différentes école qui pour illustrer les contenue des cours dispensés au disciple.

L'art de la miniature a été florissant dans le monde islamique. Les écoles arabes se développent dès le XIe siècle (fatimide au Caire; mésopotamienne, avec Bagdad pour centre principal au XIIe siècle, sous la direction de Yahya al-Wasiti). Leur style, empreint de liberté et de fantaisie, rehaussé par la richesse de la palette, ne manque pas de réalisme. Traités de médecine, recueils de fables et « séances » d'al-Hariri sont les thèmes favoris.

La miniature iranienne, dès le XIVe siècle, à Tabriz, allie subtilement les influences chinoises aux traditions nationales (Chah-namè de Ferdowsi) et le paysage devient fréquent. Fondée en 1420 par les Timurides, l'académie d'Harat s'attache avec Behzad -l'un de ses membres éminents -au rendu des mouvements et à l'équilibre de la composition. La destruction d'Harat (1510) est à l'origine de l'école de Boukhara ; Behzad, lui, se réfugie à Tabriz et donne une impulsion décisive à l'école séfévide, qui déploie ensuite sa magnificence à Ispahan sous le règne de Chah Abbas. Déjà enrichie sous les Timurides, la palette est de nouveau élargie. Reza Abbasi préside aux destinées de l'école entre 1618 et 1634 et on lui doit l'introduction, sous l'ascendant de l'Occident, d'un certain réalisme qui modifie les valeurs typiquement iraniennes.


En Turquie, la miniature connaît un brillant essor au XVe siècle. En Inde, sous le règne des princes moghols, les traditions nationales, subtilement alliées à l'influence iranienne, confèrent son originalité à une production de qualité.

© Larousse-Bordas