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La gravure :


gravureLe bois, le métal et la pierre

Dans l'art occidental, les estampes sont réalisées selon des techniques réparties en trois grandes catégories fondamentales, suivant que l'artiste grave le bois (gravure en relief) ou le métal (gravure en creux), ou bien qu'il dessine sur la pierre (impression à plat), procédé qui n'est pas à proprement parler de la gravure, puisque son principe réside dans la non-adhérence de l'eau et de l'encre grasse. La pierre, cependant, a été l'un des premiers matériaux à être gravés afin de reproduire des images: en témoignent, dans la civilisation sumérienne, les "cylindres-sceaux" (réalisés parfois aussi en ivoire, en céramique ou, plus rarement, en métal), qui permettent d'imprimer dans l'argile molle des inscriptions en caractères cunéiformes, fréquemment accompagnées de motifs décoratifs. L'usage du cylindre-sceau se répandra un peu partout dans le Bassin méditerranéen, mais les Hittites, au IIe millénaire, lui préféreront le cachet, sceau fixé à un manche, voire à une bague, apparu dans la civilisation mésopotamienne, et dont l'usage - sur argile, puis sur cire - se perpétuera jusqu'au XXe siècle En Chine, les sceaux - souvent en jade - sont trempés dans une encre pâteuse, puis appliqués sur le papier ou la soie.

La gravure en relief

La gravure dite "en relief" est réalisée sur bois, selon deux techniques. La première consiste à tailler la planche dans le sens de ses fibres (gravure sur bois de fil); la seconde, dans le sens contraire de ses fibres, autrement dit perpendiculairement à celles-ci (gravure sur bois debout).

La gravure sur bois de fil consiste, après que l'artiste a dessiné une composition sur la planche (en bois de poirier, de noyer ou de cerisier), à enlever à l'aide d'un canif, d'une gouge et d'un ciseau plat tout ce qui n'est pas le trait. Il s'agit en somme d'épargner" le dessin, d'où l'ancienne expression "taille d'épargne". Seules les parties en relief (c'est-à-dire le dessin inversé) apparaissent sur le papier après qu'elles ont été encrées. Les "blancs" n'impriment pas (c'est exactement le contraire qui se passe dans la technique dite "à trait blanc", que l'on rencontre, rarement, dans la Chine du XIIIe siècle ou dans l'Europe des XVe et XVIe siècles : le dessin, creusé dans le bois, échappe à l'encrage et apparaît, après impression, en réserve sur le fond encré).

Le procédé sur bois debout reste assez marginal dans l'histoire de la gravure: mis au point à Londres en 1771 par Thomas Bewik, il apparaît en France au début du XIXe siècle, et sera utilisé, notamment, par Gustave Doré. Cette méthode, pour laquelle le bois de buis et le burin sont le matériau et l'outil les mieux adaptés, permet de subtiles nuances, du gris très pâle au noir profond, mais sera délaissée dès l'apparition des procédés photomécaniques.

Au XXe siècle, certains artistes, par exemple Picasso ou Matisse, ont adopté la gravure en relief sur linoléum épais, dont la technique est analogue à celle de la gravure sur bois. La linogravure ne permet ni un travail minutieux ni beaucoup de finesse, mais accuse nettement les contrastes.

La gravure en camaïeu, variante de la gravure sur bois, nécessite l'emploi de deux planches et vise à imiter les effets d'un dessin au lavis. Enfin, une technique de gravure en relief, dite "au criblé", est pratiquée au XVe siècle et au début du XVIe siècle, sur bois mais également sur métal: le support est percé de petits trous, lesquels, après encrage et tirage, déterminent des points blancs sur fond noir.

La gravure en creux

Tous les procédés de gravure en creux utilisent un support métallique, le plus souvent en cuivre (chalcographie). Ils sont désignés également sous le terme générique de "taille-douce".

Graver en creux consiste à faire des incisions dans un support imprimant, généralement une plaque de métal poli. L'encre à imprimer, d'abord répartie sur toute la surface de la plaque, est ensuite essuyée de manière à demeurer exclusivement dans les creux. L'impression des épreuves se fait sur une presse spéciale; elle comporte deux rouleaux qui compriment fortement une feuille de papier humectée d'eau contre le support gravé.

Le burin

Le plus ancien des procédés de gravure en creux semble être le burin, tige d'acier dont l'extrémité très affûtée, de section prismatique, entame fortement le métal en creusant un sillon. Les arêtes de ce sillon seront bordées de "barbes" que l'on peut supprimer (à l'aide d'un ébarboir) ou conserver, ce qui permet d'obtenir à l'impression un trait plus doux (c'est ce que fait Rembrandt). Plus les tailles seront profondes, donc abondamment chargées d'encre, plus le trait imprimé sur l'épreuve sera noir.

La pointe-sèche

Cette technique dérive du burin. Le stylet, en attaquant la plaque métallique, ne forme pas le copeau qui résulte de l'utilisation d'un burin. Il repousse plutôt le métal, sans l'enlever. Dès lors, le sillon obtenu comporte, de part et d'autre, des "barbes" qui retiendront l'encre. Tout l'art de la pointe-sèche consiste à utiliser ce léger relief de façon à produire sur épreuve, sans taches ni amas d'encre, un dégradé du trait renforcé d'un ton noir velouté.

La manière noire

La technique de la manière noire ou mezzotinto, ou encore "manière anglaise" bien qu'inventée en Allemagne vers 1642, consiste à passer sur toute la surface de la plaque de cuivre un instrument courbe, hérissé de pointes (le berceau), qui la recouvre d'aspérités. Ce "grain", plus ou moins aplati selon les nuances à obtenir, ou même supprimé au brunissoir pour les blancs purs, déterminera à l'impression un noir profond et velouté (gravures anglaises de la fin du XVIIIe siècle).

L'eau-forte

Cette technique exige que la plaque de cuivre utilisée soit préalablement recouverte d'un vernis. L'artiste, au moyen de pointes d'acier de grosseurs différentes, trace sa composition en ayant soin, sous le vernis, d'attaquer le métal. La plaque est ensuite plongée dans un bain d'acide nitrique additionné d'eau (eau-forte). Sous la morsure de l'acide, qui exécute en quelque sorte le travail pénible du burin, vont se creuser dans le cuivre les parties que la pointe a dénudées. Eau-forte et burin ont pu être simultanément employés sur une même plaque.

L'aquatinte

Employée pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle, cette technique prévoit, pour le tracé de la composition, l'utilisation d'un pinceau enduit d'une encre spéciale, répartie sur la plaque de cuivre saupoudrée de résine ou de colophane, ayant formé une fine granulation après cuisson. L'encre dissout le vernis, et les endroits mis à nu sont exposés à la morsure d'un acide.

 

L'impression à plat

Inventée en 1796 par l'Autrichien Aloys Senefelder, la lithographie n'est pratiquée en France que depuis le début du XIXe siècle. Ses techniques ressemblent à celles du dessin sur papier. L'artiste dessine avec un crayon gras sur une pierre calcaire épaisse, de grain très fin. Cette pierre est ensuite soumise à l'action d'un mordant léger (solution acidulée), qui fixe le dessin et rend le calcaire perméable à l'eau dans ses parties non couvertes par le crayon gras. La pierre est alors humectée d'eau (les surfaces nues du calcaire humide refusent l'encre), l'encre d'impression est passée à l'aide d'un rouleau et ne se trouve retenue qu'aux endroits où la composition est dessinée. Celle-ci est alors reproduite sur une feuille de papier lisse, appliquée et pressée sur la pierre.